samedi 16 juillet 2011

Discours de François Hollande lors du dépôt de sa candidature le 12 juillet

Mes chers amis,

Je viens de déposer ma candidature pour la primaire du Parti socialiste.
C’est la première étape d’un chemin qui va nous conduire, je l’espère,
je le veux, à l’alternance en 2012.
Cette journée est à la fois un aboutissement et un nouveau départ. Un
aboutissement parce que ma candidature est le résultat d’un processus
politique et personnel. J’ai longuement parcouru la France, rencontré et
entendu les Français. J’ai compris leurs appréhensions face aux
incertitudes, leurs colères face aux injustices et leur exaspération
face aux impatiences. Mais aussi leur volonté de changement, leur
exigence de considération et leur aspiration à l'union.
Le 31 mars, j’ai annoncé ma décision de me présenter à la primaire et
devant les Français. J’ai engagé un travail long et patient avant
d’aller devant les citoyens pour leur demander ce qu’il y a de plus
essentiel : leur confiance. Rien ne m’a détourné de mon objectif, ni les
circonstances, ni les événements. Rien ne nous sera d'ailleurs épargné
jusqu’à mai 2012. Je suis prêt.
Durant toute cette période j’ai mis en avant un engagement majeur, une
grande cause qui sera le thème fédérateur des élections présidentielles
: la jeunesse. À travers elle, je m’adresse au pays tout entier pour
porter le rêve républicain celui qui promet à chaque génération de vivre
mieux que la précédente. Promouvoir la réussite des jeunes, investir
dans l’avenir, réconcilier les âges, c’est montrer que la France a un
destin, qu’elle est fière de ses valeurs. Et c’est aussi reconnaître la
dignité de chacun. Il faut écarter les tentations de replis, de rejet,
la frilosité et la peur que l’extrême droite veut installer.
J’ai aussi dit que rien ne serait possible sans justice. C’est la raison
pour laquelle j’ai avancé l’idée d’une grande réforme fiscale, qui est
la condition de la réussite des autres réformes. Sans elle, pas de
cohésion nationale, pas de rémunération de l’effort, pas de création de
valeur et pas de redistribution. J’ai exposé une conception exigeante de
la présidence. J’ai compris que les Français étaient fatigués des excès,
des errements et des exhibitions au sommet de l’Etat. Ils attendent une
cohérence, une constance, une maîtrise, un respect bref une exemplarité
du prochain Président. Il exerce pleinement le pouvoir qui lui sera
conféré. Mais comment pourrait-il avoir l’illusion de réussir seul ? Il
doit inventer une manière de mobiliser l’ensemble des énergies. Le
Parlement doit retrouver sa fonction délibérative, les collectivités
territoriales leur capacité d’action avec un nouvel acte de
décentralisation, les partenaires sociaux doivent avec rôle consacré
dans la constitution, enfin les citoyens pour accomplir la transition
écologique et énergétique.
Aujourd’hui est un aboutissement, mais aussi un nouveau départ. Vous
tous qui m'avez rejoint. Vous êtes ici, vous avez toutes et tous votre
propre histoire, votre propre parcours, et vous êtes là, réunis par la
même conviction de faire gagner la gauche et de donner un bon président
à la France en 2012. Je suis conscient du travail qui m’attend, la
droite et Nicolas Sarkozy ne quitteront pas le pouvoir qu’ils détiennent
depuis déjà dix ans sans livrer bataille. Elle sera rude et âpre, et ils
ne ménageront aucun effort pour user de la caricature, mais aussi de la
peur et de ce que nous représentons. La droite ira jusqu’à se parer
d’une vertu que ses échecs ne l’autorisent ni à porter, ni à
revendiquer. Regardons ce qui est annoncé : Nicolas Sarkozy nous invente
une règle d’or, alors que son gouvernement a plombé les déficits par des
cadeaux fiscaux aux plus fortunés et fait exploser la dette publique.
Nicolas Sarkozy est mal placé pour jouer au capitaine des pompiers, la
France n’a pas besoin de changer de constitution pour redresser les
comptes, elle a besoin de changer de Président.
Je l’affirme ici, la dette est mon ennemie et je la combattrai si la
responsabilité m’en est donnée. Je la combattrai car je suis conscient
des dangers et des menaces qu’elle fait peser sur la France, et sur
l’Europe avec une spéculation qui ne ralentira pas si l’Europe n’est pas
capable de fédérer les énergies et d’apporter une réponse politique rapide.
Je suis donc devant vous, car c’est la première étape. Le devoir de
vérité m’habite, tout comme l'exigence d'action, car les deux vont de
paire. Il faut être sincère sur la situation dont nous allons hériter,
et volontaire pour la traiter efficacement. Pour réussir, il faudra
rassembler, c’est la condition de la confiance.
Rassembler les socialistes, je souhaite que les primaires soient
empreintes du respect des candidats et des candidates, ainsi que des
Françaises et des Français. Je m’y tiendrai. Je veux convaincre sur ma
démarche et ma capacité de gagner, je n’ai pas besoin de dénigrer et de
dévaloriser. Il faut un débat de qualité.

Je fais confiance à l’équipe autour de moi pour mener une campagne
enthousiaste et pour avoir la hauteur de vue nécessaire si l'on veut
déjà regarder vers l’étape d’après. Rassembler la gauche dès maintenant,
avec l’exigence de la justice sociale et la volonté d’assurer la
transition énergétique et la mutation écologique. Rassembler les
Français autour d’un pacte présidentiel, d’un contrat de gouvernement
qui ne stigmatisera personne et qui n’écartera aucune bonne volonté ;
prenons tous ceux qui voudront venir vers nous.
Nous sommes à un tournant de l’histoire de notre pays, le contexte est
exceptionnel. Le monde est en pleine effervescence économique,
démocratique, mais aussi sur militaire, et je pense ici à nos soldats
qui sont présents sur un certain nombre de terrains. L'Europe traverse
la plus grave crise de son histoire récente. La France doute
d’elle-même, de ses capacités, de son destin, et il nous revient de lui
donner cette confiance et cette visibilité de l’avenir. Nous ne sommes
pas à la veille de n’importe quel scrutin présidentiel, la gauche n’a
pas gagné depuis 23 ans ; c’est le temps qu’il a fallu à François
Mitterrand pour devenir président en 1981. Ce n’est pas n’importe quel
moment, à la veille de n’importe quel scrutin et face à n’importe quel
président. De ce point de vue, il est exceptionnel ! Le changement est
nécessaire et attendu. Je mesure ma responsabilité et je fais aussi
appel à la votre, à vous et au-delà, pour tous ceux qui attendent et qui
et qui espèrent un mouvement, une dynamique et une fierté. Nous devons
être la gauche qui change, et je dois être le candidat qui convainc les
Français.
Pour gagner en mai 2012, appelons-les à voter pour la primaire,
rappelons que tous peuvent y participer. Disons à ceux qui souhaitent
faire un choix qu’ils peuvent le faire librement et sereinement. Rien ne
doit faire barrage, si nous arrivons à mobiliser, ce sera déjà la
première défaite de Nicolas Sarkozy. Transformons les primaires en grand
rendez-vous civique, préparons la victoire de 2012 et incarnons ce qu’il
y a de plus élevé en démocratie et qui s’appelle l’espérance.
Merci.
François Hollande

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