Le beurre ou l’argent du beurre : c’est à ce vieil adage que me fait songer le psychodrame de la semaine, intervenu entre la candidate Eva JOLY et son parti, Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV), psychodrame doublé d’un début de crise avec le Parti socialiste. Ce n’est pour moi pas un simple accident mais le résultat d’une stratégie quasi schizophrène des Verts.
Le beurre, c’est la radicalité affirmée haut et fort par EE-LV, cette radicalité dans les convictions, quel que soit leur domaine – écologique, économique, social, international - qui a attiré de nombreux militants – et électeurs - issus du monde associatif mais aussi d’à peu près tous les partis situés à gauche de l’échiquier. Ces militants ont été séduits par une offre politique promettant, au-delà des questions de fond, niveau élevé d’exigences, refus des compromis, sincérité des convictions, révolution dans les pratiques et mœurs politiques, forte présence de la société civile, rajeunissement, parité, diversité, non cumul des mandats, bref par la promesse d’une sorte d’éden dans un enfer peuplé de partis aux conceptions et comportements considérés comme archaïques.
L’argent du beurre, ce sont les responsabilités prises par certains cadres d’EE-LV aux divers échelons de la gestion des collectivités (régions, départements et communes) et leur volonté d’être présents au Sénat et à l’Assemblée nationale.
Que l’on ne se méprenne pas : il s’agit là de souhaits d’autant plus légitimes que l’on est une force politique capable de réunir sur son nom un pourcentage à deux chiffres de suffrages dans certaines élections. Il s’agit même de cohérence et d’honnêteté vis-à-vis de ses électeurs.
Mais alors il faut l’assumer ouvertement, ne pas en faire l’objet de tractations plus ou moins avouées et savoir reconnaître, clairement, que cela ne va pas, ne peut aller, sans compromis avec ses partenaires « co-contractants ». Et il faut savoir assumer que, sauf à devenir majoritaire seul, le compromis sur le fond est un pré-requis au rassemblement avec ces partenaires, en l’occurrence les socialistes.
Or cela n’est fait que partiellement par EE-LV. Et de cette incapacité à différencier compromis et compromission, de cette propension à cultiver radicalité discursive tout en négociant places et mandats en parallèle, de ce hiatus entre, d’une part, pureté entretenue et encouragée chez les militants et élus de base sincères dans leur radicalité et, d’autre part, réalisme extrême (cynisme parfois si l’on en juge par les conditions du parachutage dénué de tout scrupule de la Secrétaire Nationale à Paris), de cette contradiction flagrante viennent l’incompréhension, la stupéfaction, ressenties devant le spectacle de ces derniers jours.
Incompréhension suscitée par un tel divorce entre les différentes paroles et la cacophonie au sein même d’EE-LV, l’appareil désavouant ouvertement sa propre candidate à l’élection présidentielle, pourtant choisie par une forte majorité des militants !
EE-LV, s’il veut être à la hauteur du rôle qu’il aspire à jouer dans la gouvernance à tous ses échelons, doit impérativement apprendre à bannir le double discours et à mettre en conformité responsabilités exercées ou recherchées et déclarations. Il ne s’agit pas de renoncer à ses convictions mais d’accepter – d’assumer - qu’un partenariat avec les socialistes suppose le respect mutuel, des engagements programmatiques qui soient le fruit d’idéaux partagés et de concessions réciproques, la solidarité dans l’exercice des responsabilités au sein des collectivités gérées ensemble et, peut-être, au plus haut niveau de l’Etat, le renoncement au chantage et à l’ultimatum comme mode relationnel.
Faute de cela, le risque est qu’à vouloir beurre et argent du beurre, ce soit la pauvre crémière qui se trouve ruinée.

1 commentaires:
C'est sans doute pour cela que l'on traite certains militants verts de "Khmers".
Enregistrer un commentaire