samedi 11 février 2012

Perseverare diabolicum


Après s’être longtemps dissimulé derrière son statut présidentiel, le candidat « Sarkozy-nouveau » est arrivé et là, surprise ! Au lieu d’innover, d’étonner, comme il l’avait promis, de faire des propositions audacieuses pour sortir la France de la crise économique, sociale, démocratique où elle s’enfonce, pour recréer de l’emploi, réformer la fiscalité vers plus de justice et de solidarités, conforter les services publics et la démocratie, rassembler les Français, il reprend les «valeurs » qui ont structuré sa campagne en 2007 : travail, responsabilité, autorité.

La promotion de ces valeurs, accompagnée d’un volontarisme affirmé (« Ensemble, tout devient possible »), avait séduit, au-delà du périmètre de la droite, un électorat populaire inquiet pour son avenir et celui de ses enfants.

Mais parier sur le succès de cette opération-bis de séduction est risqué pour deux raisons.

D’abord parce que le refrain, démenti par 5 ans de présidence peu vertueuse, sonne faux aujourd’hui tant les valeurs ont été mises à mal durant ce quinquennat qu’il s’agisse du comportement personnel de Nicolas Sarkozy (soirée au Fouquet’s, yacht mis à disposition par Vincent Bolloré, augmentation conséquente du salaire présidentiel, tentative de propulser son fils à la tête de l’EPAD, campagne aux frais du contribuable, proches impliqués dans des affaires, …) ou qu’il s’agisse de l’échec de sa politique.

Comment oser parler de la valeur travail quand l'on compte près de 3 M de demandeurs d’emploi aujourd’hui ? Comment être crédible en évoquant l’autorité alors que, selon les statistiques de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), on relève de 2002 à 2010 une croissance de 21% des atteintes volontaires à l'intégrité physique des personnes ?

Et comment être crédible en invoquant la responsabilité sans assumer un bilan caractérisé par l’augmentation du nombre de pauvres, les déficits, la dette, le manque criant de logements, une société française divisée, angoissée, taxée et surtaxée, des collectivités territoriales étranglées par des dotations de l’Etat en baisse, l'éducation sacrifiée ?

Le succès de l’opération est loin d’être assuré aussi parce qu'avec l'idée d'un référendum sur le traitement du chômage, le pas franchi est un pas de trop qui, en s’attaquant à une population en souffrance, met à nu l’énorme ficelle. Le référendum est une procédure tout à fait justifiée lorsqu’il s’agit d’ouvrir, de permettre puis de trancher un débat nécessaire sur une réforme institutionnelle importante ou un choix politique majeur (place du nucléaire, adhésion à un traité, etc) ; il ne saurait être utilisé pour faire d’une catégorie de la population des citoyens à part, devenant l’objet stigmatisé  d’affrontements et le prétexte de clivages là où c’est la solidarité à leur égard qui devrait s’exprimer.

La stratégie du candidat est claire : faire feu de tout bois pour tenter, dans un dernier sursaut,  d’attirer les suffrages des électeurs du Front national, en déplaçant le débat du bilan de 5 ans de quinquennat vers de fausses solutions manichéennes, nourrissant les divisions, surfant sur les angoisses.

Faire feu de tout bois, c’est faire comme celui qui va en première ligne et se prétend le plus «courageux »  pour éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé, c’est être un pompier pyromane. 

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